Projet Stanstead ou comment traverser la frontière, volet II

Projet de commissariat en salle (été 2011) et in situ (été 2012) présenté par la Galerie d’art Foreman de l’Université Bishop’s à Sherbrooke et Stanstead, Québec, Canada.

L’exposition Projet Stanstead ou comment traverser la frontière repose sur la thématique de la frontière, soit celle qui agit comme artefact architectural et qui, en s’inscrivant dans le paysage, affecte la mobilité des citoyens. Ceux de Stanstead — ville frontalière des Cantons de l’Est et voisine de Derby Line au Vermont — ont été témoins, au cours des derniers mois, d’un renforcement de sécurité qui s’est concrétisé par l’installation de barrières et par une augmentation du nombre de douaniers et d’arrestations. Les nouvelles politiques frontalières développées à travers le monde ont des répercussions jusqu’à Stanstead, où des générations de gens ont, depuis la fin du 18e siècle, traversé la frontière régulièrement, certains d’entre eux ayant des membres de leur famille répartis des deux côtés de la ligne.

À l’été 2012, l’événement a pris racine au cœur de la communauté de Stanstead avec les œuvres de Raphaëlle de Groot (Montréal) et Althea Thauberger (Vancouver). L’exploration menée par les artistes a dévoilé un réseau formé des personnes rencontrées et de leurs histoires. Qui a sillonné autrefois ce territoire et qui continue aujourd’hui de l’habiter ? Les éléments qui marquent le paysage aujourd’hui ne sont pas les mêmes que ceux d’hier et seront fort probablement appelés à changer.

L’artiste montréalaise Raphaëlle de Groot a amorcé en 2009 le projet Le poids des objets, une exploration approfondie de ce que représente la collection qui implique l’acte de rassembler, manipuler, classer, transporter et entreposer. L’entreprise a déjà emprunté une pluralité de formes : actions, installations, performances, photographies. Dans le cadre du Projet Stanstead, l’artiste a parcouru la région, à la recherche d’objets et d’histoires qui y sont inévitablement rattachées. Au fil des rencontres, De Groot a peu à peu étoffé sa compréhension des lieux et de leurs habitants qu’elle a articulée dans une récitation illustrée, au confluent de l’imaginaire et du réel.

La proposition d’Althea Thauberger s’est focalisée sur l’histoire des Abénakis, une nation qui occupait autrefois un territoire couvrant le nord de la Nouvelle-Angleterre jusqu’au sud des Provinces Maritimes, et ce, bien avant que le Canada et les États-Unis n’aient été pensés. L’artiste a réalisé un film devant public qui a immortalisé la rencontre de deux Abénakis dans la Salle d’opéra Haskell, un bâtiment situé à cheval sur la frontière. Par l’entremise de ce projet, Thauberger s’est intéressée principalement à la langue abénakise désormais éteinte et à son processus de traduction à partir de l’anglais et du français, révélant au passage la méconnaissance de cette culture.

Stanstead Project or How to Cross the Border, part II

Curatorial project presented in 2011 et 2012 by the Foreman Art Gallery of Bishop’s University, Sherbrooke, Québec, Canada.

Project Stanstead, or How to Cross the Border revolves around the theme of border lines, those which, as architectural artefacts inscribed in the landscape, have an impact on citizens’ mobility. In the last few months, the citizens of Stanstead — the border town in the Eastern Townships that neighbours Derby Line, Vermont — have seen a heightening in border security, manifest in the construction of fences and a growing number of customs officers and arrests. New border policies across the world are having repercussions all the way in Stanstead, where people have routinely crossed the border for generations going back to the late 18th century, some with family members on both sides of it.

In the summer of 2012, the intervention took place as artists Raphaëlle de Groot (Montreal) and Althea Thauberger (Vancouver) produce context-oriented works articulated around Stanstead and its social, cultural, historical, and political contexts. The exploration they both conducted revealed a network forged through their various encounters and the stories they uncovered. Who were the people who had once criss-crossed this territory? Who lives there now? Elements marking the countryside today are not the same as those of times past, and will doubtless change again.

Montreal artist Raphaëlle de Groot has been working on Le poids des objects since 2009, a profound exploration of the significance of the collection involving the acts of collecting, handling, classifying, transporting, and storing. De Groot toured the region for the Stanstead Project, looking for objects and stories inescapably tied to the area. In the course of her encounters, De Groot gradually built up an understanding of the territory and its inhabitants, discovering traits and characteristics that she imparted during the event in the form of illustrated storytelling, at the crossroads of the real and the imaginary.

Althea Thauberger’s work focuses on the history of the Abenaki, a First Nations people who, long before Canada and the United States were even thought of, occupied an immense territory covering northern New England up to the southern edge of the Maritimes. The artist shot a film before an audience in the Haskell Opera House, immortalizing an encounter between two Abenakis. Thauberger’s main concern in this project was the now extinct Abenaki language, the process of its translation from English and French, and our yawning ignorance of this culture, whose world view may be apprehended from the logic underpinning their language.

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François Lafrance

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François Lafrance